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Les Yazhanis - Le Scriptorium

Les Yazhanis

Un article de Le Scriptorium.

Les cités de l’Afz-el-Shek et les terres qui les entourent sont gouvernées par des souverains nommés sultans. Ils disposent d'un pouvoir absolu, depuis celui de rendre la justice à la nomination des fonctionnaires, la proclamation d’édits et le commandement des armées. En réalité, ils sont aidés dans ces tâches par des vizirs, souvent choisis parmi leur famille.  Pour administrer les provinces ou quartiers des grandes villes sont désignés des beys ou émirs. La noblesse a tous les pouvoirs et peu d'obligations envers son peuple sinon celui, symbolique, de le protéger au combat. La justice est le plus souvent brutale et expéditive. Les hommes du peuple moisissent rarement en prison. Les sentences sont rapides et la mutilation est couramment pratiquée. Les condamnés à mort sont pendus ou empalés pour les hommes du peuple, décapités pour les nobles. La justice de Kalam est parmi la plus dure : un esclave rebelle est crucifié et les femmes bouillies vives. Ces coutumes sont d’ailleurs taxées de barbares par les citoyens des autres cités.

La société des cités portuaires est esclavagiste. Les esclaves y représentent près d’un tiers de la population. Certains sont traités comme du bétail, surtout dans les grandes exploitations agricoles, mais d’autres ont une vie douce et paisible comme les favoris ou les esclaves lettrés. L’esclavage est héréditaire et peut-être appliqué pour sanctionner des dettes ou des créances impayées.

La religion a une place très importante dans la société yazahni. On y vénère Sawan, une représentation de l'Ordre, créatrice de toute chose. Son prophète Sawadi est aussi fréquemment invoqué car c’est lui qui a révélé le divin message de Sawan aux hommes. De grands temples aux simples cases sacrées en boue des paysans, on édifie partout des lieux de culte, où les gens viennent se réunir deux fois par décade au troisième et au neuvième jour, jours où Sawan vainquit le Chaos et créa le monde et où il façonna l’homme avec l’argile boueuse des fleuves et le bois des forêts. Les noms du dieu et de son prophète sont souvent invoqués dans les conversations et on se réfère toujours à leurs écrits sacrés lorsque l’on argumente ou philosophe.

Les Yazahnis élèvent comme valeurs fondamentales la solidarité et l’hospitalité, deux clés de voûte de l’enseignement de Sawadi le Prophète. Cependant, la multiplication des richesses chez les plus aisés entraîne jalousie et rancunes du côté du peuple, maintenu dans une situation difficile par les puissants. L’agitation gronde dans les cités les plus inégalitaires comme Kerkelif mais le Sawanisme permet de maintenir l’ordre en prônant l’égalité devant la mort et les yeux du créateur. La polygamie est la norme pour la noblesse et les classes aisées. Les hommes se marient à une femme de leur condition et à deux ou trois autres d’une extraction plus basse. Cette tradition est un reliquat des tribus qui habitaient les jungles avant la venue des Sudiens. Les femmes et les enfants jusqu’à l’âge de vingt ans sont sous l’autorité du père de famille bien que la législation ait été assouplie dans plusieurs villes parmi les plus éclairées…

Les esclaves sont le plus souvent bien traités en ville sauf si ils tentent de s’enfuir ou de se rebeller. Ils sont en effet un maillon essentiel de la production et de la vente dans les cités car tout passe au moins une fois entre les mains d’un esclave. Ils peuvent espérer un changement de leur condition grâce à une somme que leur maître doit leur verser régulièrement ou en cas de service important. On appelle cette obole la sawadiwatra, l’offrande à Sawan car le dieu prône en effet l’égalité pour tous les hommes. Les affranchis, ceux qui ont gagnés leur liberté grâce au pécule qu’ils ont amassé ou après avoir rendu un service particulièrement important, sont la couche la plus dynamique de la société et ils sont les artisans principaux de la période de grâce qui touche l’Afz-el-Shek.

La région ne connaît officiellement plus de guerre, mais de nombreuses escarmouches ont lieu aux frontières entre les différentes provinces. Parfois des hameaux ou des villages sont rasés mais peu en entendent parler car ce sont souvent des colonies isolées en pleine jungle, dans des zones où les frontières ne sont pas très nettes. Des exactions imputées à des brigands se multiplient dangereusement dans le centre du pays et on soupçonne les bourgeois de Zarba de vouloir prendre leur revanche en déstabilisant la région. On les accuse également du meurtre de l’émir Aswal de Kerkelif, il y a trois mois.

La paix qui règne depuis 38 ans a permis une période d’opulence incroyable. Le commerce est florissant, l’agriculture permet de nourrir le plus grand nombre et l’art est en plein essor. Les temples sont de plus en plus beaux et décorés et les écoles de magie, jadis interdites par le Sawanisme, prolifèrent dans les villes. Les ports sont en passe de devenir les premières places commerciales du monde, devançant Shengyan, Sematalpuhr et Marpuhr sur le déclin et Sablenoir en guerre…

Le Scriptorium